lundi 23 novembre 2015

Arrivée à Cusco : Des Incas plein la tête

Le Pérou


Dernière visite à la gare routière de La Paz, cette fois pour quitter la Bolivie, direction Cuzco, au Pérou, de l’autre côté du lac Titicaca.

gare de La Paz

Cuzco, capitale des Incas ! Bon, jusqu’à présent on n’en a pas fait grand cas, des Incas… 


Pour tout dire on ne les a plutôt pas en odeur de sainteté, vu qu’ils ont écrabouillé à peu près tous les peuples aborigènes qu’on a croisés sur notre route. On les voit un peu comme les Gaulois devaient voir les Romains : ingénieux et bien organisés, certes, mais pas très imaginatifs, en réalité surtout doués pour piquer aux autres leurs idées et leurs savoir-faire… Et depuis bientôt deux mois qu’on arpente la Bolivie, on a vu tellement d’Indiens bien vivants qu’on ne s’imagine pas vibrer comme des fous devant des momies couvertes d’or et adorant le Dieu Soleil…

On mange... ça calme.
Enfin on verra bien… Toujours est-il que notre périple vers le Pérou commence mal. La compagnie avec laquelle on va voyager nous arnaque sans vergogne : le bus de nuit qui finit par arriver, avec plusieurs heures de retard, ne correspond pas du tout à celui qui nous a été vendu. Il est sale et vétuste, les sièges ne s’inclinent pas autant qu’ils le devraient… Et encore on n’a pas tout vu, ni surtout tout entendu : les grincements sinistres à chaque virage, le terrible couinement de l’embrayage à chaque changement de vitesse, et pour couronner le tout le personnel est moins qu’aimable. Les enfants sont dépités, eux qui se faisaient une fête de cette première nuit sur la route ! Malheureusement on est coincés, avec tous nos bagages et la nuit qui commence à tomber, et évidemment tout remboursement est impossible… Alors en route !

21 heures, passage de la frontière
Trois heures plus tard, au bord du lac, dans une petite ville nommée Desagadero, c’est le passage de la frontière. Tous les passagers doivent descendre pour aller faire tamponner et contrôler leurs passeports. Sous la lumière jaunâtre des rares réverbères, dans la légère brume qui environne les bords du lac, on se demande si on ne se retrouve pas en pleine hallucination : partout des pousse-pousse, des motos-taxis, des triporteurs pétaradants…

frontière
La rue grouille d’une multitude de véhicules à trois roues, plus exotiques et plus surchargés les uns que les autres, tentant de se frayer un passage parmi une foule tout aussi considérable de piétons croulant sous d’impressionnants ballots multicolores. Thaïlande, Cambodge, Vietnam ? Simplement le passage côté Pacifique ? 


En tout cas on entre dans un autre monde, ça ne fait aucun doute, le contraste est aussi saisissant que lorsqu’on a traversé la frontière entre l’Argentine et la Bolivie.
Ce qui nous rappelle aussi notre précédent passage de frontière, c’est le flot continu de riverains qui passent le pont sous le nez des douaniers, sans aucun contrôle… alors que pour notre part on va passer un temps fou dans chacun des deux postes, à faire la queue puis à remplir de fastidieux formulaires, dans une langue administrative qu’on maîtrise mal, tout en surveillant notre bus du coin de l’œil, des fois qu’il lui prendrait l’envie de repartir sans nous…
Un Péruvien de Cuzco, qui fait la queue avec nous, entreprend de nous révéler la véritable histoire de son pays. Dès les premiers mots je l’identifie aussitôt comme le premier d’une longue liste de descendants des malheureux Incas persécutés par les Espagnols, c’est-à-dire finalement par les Gringos en général... Un peu fatigué, j’opte pour une contre-offensive radicale : en tant que Breton, autrefois persécuté moi aussi par les Gringos, je sais très bien que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, et qu’il est préférable de regarder vers l’avenir (et sans lui dire mais en le pensant très fort : comme le font les Boliviens). Sidéré, mais séduit quand même, il me serre chaleureusement les mains avant de s’en retourner poursuivre cette conversation avec son voisin.
Nous arriverons à Cuzco sur les coups de 9 heures du matin, avec juste trois heures de retard. 

gare de cusco
Gare routière entièrement grillagée, bondée, pleine de rabatteurs des compagnies de bus criant à tue-tête, de chauffeurs de taxi plus qu’insistants… l’accueil manque un peu de charme ! Cerise sur le gâteau, et au grand dam d’Hélène et des enfants, je me prends le bec avec la tenancière de la gargote où l’on essaie de se faire servir un petit-déjeuner, tellement le chocolat au lait qu’elle leur sert est imbuvable… Vexée, elle refuse de nous servir le café, et malheureusement c’est la seule à en faire ici !
Allez, on se calme et on saute dans un taxi jusqu’à l’auberge où l’on a réservé une chambre. A peine débarqués, le patron entreprend de nous vendre les « tours » qui ont (re)fait de Cuzco un Eldorado, touristique cette fois : la Vallée sacrée des Incas. Une journée, 25 dollars par personne (ici tout le monde parle aux touristes en dollars, bien que la monnaie soit le sol -c’est-à-dire le soleil… Inca bien sûr). Et surtout l’incontournable Machu-Pichu, deux jours et une nuit pour la bagatelle de 125 à 150 dollars par personne, et bien sûr impossibilité de s’y rendre autrement qu’avec une agence… ça commence sérieusement à sentir le plumage en règle !
OK boss, on verra ça demain… 

hostal el Duende
Le lendemain on déménagera dans un autre endroit, trouvé par un heureux hasard, où Alvaro, le boss qui préfère le foot à l’or et aux vieilles pierres, ne nous proposera que son jardin, ses hamacs et sa table de ping-pong… 

initiation au tennis de table
En plus on a un petit mercado de quartier juste à côté, où on peut se gaver de jus de fruits frais et de bons déjeuners, avec d’adorables mamas péruviennes (...)

notre cantine

(...) qui nous annoncent les prix en soles, en même temps que leurs plus sincères condoléances pour les attentats de Paris.

comptoir jus de fruit
Tout cela nous réchauffe bien le cœur… 


Nous sommes dans le vieux quartier de San Blas, sur les hauteurs, au cœur d’un dédale de vielles rues pavées de galets et bordées de vielles maisons coloniales. 



Par quelques portes laissées entrouvertes, on devine de magnifiques patios pleins de fleurs et de fontaines, derrière de hauts murs en briques de terre sur le sommet desquels poussent parfois d’étranges cactus…


Maintenant que nous voilà un peu requinqués, nous pouvons partir à la découverte de Cuzco la légendaire. Il faut imaginer une ville d’1 million d’habitants, avec un très grand centre qui est une splendide ville coloniale, dont toutes les fondations et une partie des murs datent des Incas : énormes pierres assemblées au millimètre, sans mortier, avec des angles absolument impossibles, du grand art dont personne n’a encore percé le secret. 

fondation des incas
Le seul problème, c’est qu’à peu près 100% de l’économie locale repose sur le tourisme, en gros les musées, la Vallée Sacrée des Incas et le Machu-Pichu. La ville est littéralement truffée d’agences (plus de 700 paraît-il !), d’hôtels, d’auberges de jeunesse, de chambres chez l’habitant, de taxis, de bus touristiques et de guides parlant à peu près toutes les langues !

Musée concha
 Une visite au musée de la Casa Concha nous transportera en 3D au Machu Pichu pour la respectable somme de 20 dollars ; pas donné, mais on économise quand même 380 dollars, tout en s’offrant une somptueuse visite du site sans aucun touriste ! 

Machu Pichu
Sans compter que les enfants ont adoré parcourir cet extraordinaire sanctuaire des Incas, juste en manipulant la souris… Et comme dehors il pleut des cordes tout l’après midi, et toute la nuit qui suivra, on se dit que le Dieu du soleil a dû bien nous conseiller.
Bon, ça c’est fait ! Reste la Vallée sacrée… 

Vallée sacrée
Franchement on n’a pas envie ni les moyens de lâcher 100 dollars juste pour un tour en bus de luxe en compagnie de gringos bardés de caméras… On décide donc, après avoir consulté notre copain Alvaro, de partir à l’aventure en utilisant les transports locaux. Première règle, faire le circuit dans le sens inverse, de manière à ne pas être dans les mêmes horaires que nos camarades « turistas ». Direction les quartiers nord, donc, d’où partent les « collectivos » en direction du premier site, la petite ville de Chinchero. Coup de bol, on arrive juste avant le départ et moins de 40 mn plus tard, pour un euro par personne, on embarque pour 40 Km de route de montagne. Comme tous les sites de la Vallée sacrée, Chinchero est un gros village, avec un gros marché, au pied d’une grosse ruine de village-forteresse inca. 

Culture en terrasse
Pour ma part, ce ne sont pas tant les ruines qui me fascinent, mais plutôt les incroyables terrasses créées par les Incas sur les flancs de la montagne. Mais pourquoi donc travaillaient-ils la terre dans des conditions si extrêmes, alors qu’à leurs pieds s’étalait une vallée fertile (aujourd’hui pleine de maïs et de vergers) ? Peut-être que les patates andines, dont ils s’étaient fait les rois, étaient meilleures quand elles poussaient en altitude ?


Le marché de Chinchero est étonnant, installé sur une grande place au pied des ruines, les commerçants s’abritant sous des auvents de paille et exposant tous leurs produits à même le sol. 


Les tenues des femmes sont encore plus colorées qu’en Bolivie, surtout les chapeaux et les jupes… 


Evidemment, on cédera à notre pêché mignon en s’attablant pour déjeuner dans une des petites gargotes du marché, où l’on mangera, très bon et pas cher, du poisson frit avec du riz et des patates…andines comme il se doit (qu’on appelle ici papas andinas) !


Pour regagner la grande route, on s’offrira pour quelques soles un voyage en moto-taxi, dans lequel on s’entassera à 4 ! les enfants en redemandent et nous, on imagine le tabac qu’on ferait en important en France ce genre de véhicule.



Ensuite, cela devient un peu plus compliqué. Notre objectif est de poursuivre le tour en passant par les salines de Maras, mais elles sont un peu à l’écart de la route principale. Assaillis par les chauffeurs de taxi, on essaye de démêler le vrai du faux : y-a-t-il oui ou non un minibus pour aller jusque là ? Quand passe-t-il ? Où nous dépose t-il ? Dans le doute on se fraie tant bien que mal un chemin parmi les chauffeurs de taxis insistants, et on décide d’aller réfléchir devant un café. On rejoindra ensuite d’autres locaux qui ont l’air d’attendre un bus, puis, après avoir croisé toutes les infos disponibles et contradictoires, on jettera notre dévolu sur Alberto, jeune type sympa et moins insistant que les autres, propriétaire d’une vielle Toyota Corolla et qui nous propose de nous accompagner jusqu’aux salines, puis de nous y attendre avant de nous conduire jusqu’au prochain village. Et le tout pour un prix plus qu’honnête. 


Bien nous en prend. On passera plus de deux heures avec cet enfant du pays et on en apprendra sans doute autant qu’avec les guides assermentés des agences de voyage.
En sa compagnie on découvrira un des endroits sans doute les plus époustouflants de ce continent : les salineras de Maras. 


Depuis près de 2000 ans, sur les flancs d’une montagne abrupte, les gens du coin exploitent des centaines de terrasses, parmi lesquelles circulent de minuscules canaux amenant une eau hyper chargée en sodium. 


Leurs descendants continuent de produire un sel d’exception, exporté dans tout le continent. Vu d’en haut, le site ressemble à un gigantesque damier d’un blanc étincelant au soleil, au beau milieu d’un paysage de montagne semi-désertique. J’espère que les photos d’Hélène seront assez parlantes pour évoquer l’incroyable choc visuel que nous avons ressenti en découvrant ce site. 


D’après Alberto, les « Salineros » sont organisés en une coopérative de producteurs, chacun « à son compte », mais tous liés évidemment par la circulation de l’eau et la commercialisation… Aujourd’hui encore, les concessions se transmettent de père en fils, et seuls les habitants de Maras peuvent accéder à ce privilège…qui n’en a que le nom au vu de la dureté du travail !
Puis Alberto nous redescend jusqu’à la petite ville d’Urumbamba, dans la vallée, d’où nous espérons attraper un collectivo  pour Pisaq, le prochain village de la Vallée Sacrée. Gros coup de chance, au moment même où nous entrons dans la gare routière, Alberto se met à crier en direction d’un bus qui en sort, et qui du coup va immédiatement se garer et nous attendre sur le bas-côté. A peine le temps de se dire adieu et de se souhaiter le traditionnel « Suerte » (chance), que nous voilà embarqués dans un bus presque bondé… mais dans lequel restaient 4 places assises ! Si c’est pas du voyage bien organisé, tout ça! (surtout beaucoup de suerte car je crois que le prochain partait beaucoup, beaucoup plus tard !).


Après plus de deux heures à serpenter dans une vallée fertile où viennent s’affaisser de terribles montagnes, littéralement couvertes de terrasses Incas (à peu près toutes abandonnées), nous arrivons à Pisaq. Non seulement la petite ville se niche en contrebas d’impressionnantes ruines et terrasses Incas, mais en pus elle a conservé le tracé des rues dessinées autrefois par les fils du soleil. Evidemment tout est à angle droit… mais c’est beau quand même !
Surtout que tout au bout de la rue principale, juste avant que la montagne ne tombe à pic, il y a la place du marché – avec le marché. 


Attablés sur un magnifique balcon colonial, à siroter un de ces cocktails dont l’Amérique du Sud a le secret (pour moi cette fois-ci : fruit de la passion, banane, miel), on oubliera le temps en contemplant ce grand marché traditionnel, à peine perturbé par une grosse présence de policiers avec de grosses matraques, et de gringos avec de gros appareils photos.



Mais il faut bouger, car le soir commence à tomber. Définitivement confiants dans notre bonne étoile, en tout cas pour ce jour-là, on commencera par refuser de monter dans un minibus déjà bondé, avec un chauffeur très énervé qui réussira même à provoquer un début de rixe avec ses collègues !  Bien nous en prendra, le suivant arrivera bientôt, et sera tranquille et tout confort. On rentrera en souplesse à Cuzco, enfin surtout moi et les enfants, bien calés à l’arrière. Quant Hélène, croyant être plus tranquille à l’avant, elle se verra entreprise pendant 2 heure par un évangéliste prosélyte. Elle ressortira du bus un peu sonnée, avec dans les mains un magnifique guide de la Vallée Sacrée : en première page, Machu Puchu au bout de sa main tendue, en grande tenue de prêtre Inca, le papa du passager prosélyte, se proposant comme guide… sprirituel ? Ouais… décidément on ne regrette pas Alberto, sa vielle Toyota et son jogging Adidas.


vendredi 13 novembre 2015

La Paz : Quand on arrive en ville


Il faut arriver de nuit à La Paz. Emprunter la longue route qui traverse le morne et glacial Altiplano, et se transforme petit à petit en rue. 


Altiplano

Apparaissent alors les premiers lampadaires, taches jaunes effleurant quelques murs et immeubles de brique pas finis, hérissés de fers à béton et d’échafaudages en bois. 



les divinadas



Pas encore de trottoirs, juste d’immenses flaques contournées par les chiens errants et de rares humains.




Ils se rassemblent autour des premiers carrefours, et de quelques vitrines de nourriture violemment illuminées.










 Bientôt, les minibus surgis de nulle part se font de plus en plus nombreux, et quand on entend les premiers klaxons on sait qu’on arrive en ville.




C’est El Alto (Le Haut), la grande, très grande banlieue qui surplombe La Paz, océan de briques (et de broc !). Près de 2 millions d’habitants, quand il n’y avait rien 50 ans plus tôt, personne n’étant assez fou pour s’installer à plus de 4000 mètres, là où aucun arbre n’a jamais poussé.


un pendu
Au coin des rues, accrochés aux réverbères, quelques pendus accueillent les nouveaux arrivants, une pancarte en travers de la poitrine expliquant aux éventuels voleurs le sort qui les attend. Ce ne sont que des poupées de chiffon, mais si bien faites qu’elles inquiètent grandement les enfants… et peut-être aussi les voleurs !

Bientôt il faut ralentir et rouler au pas, pour traverser un interminable marché à ciel ouvert. Dans la nuit le bus se fraye un chemin parmi les marchands qui commencent à remballer, les clients encore nombreux, les tas de détritus amoncelés au fil de la journée… et les autres bus et minibus circulant dans les deux sens ! Beaucoup d’enfants aussi, assis parmi les stands, la plupart hébétés de fatigue, immobiles, les yeux grands ouverts, une paille dans la bouche et dans les mains un verre en plastique plein de jus de fruit.



Soudain c’est la fin du plateau, la rue redevient route et tout à coup plonge, vertigineuse, dans un extraordinaire trou piqué de millions de points lumineux : La Paz! Ici les riches vivent en bas, au frais, et les pauvres en haut, dans le freezer.



On est installés pour deux semaines entre les deux, dans un appartement haut perché où l’on passe du temps, la nuit tombée, à regarder la cuvette illuminée partant à l’assaut des montagnes alentours. Les voisins nous certifient avec fierté qu’on est bien à la Paz et non à El Alto. Pourtant, sans les transports en commun, on ne serait sans doute pas souvent descendus dans la cuvette. Car ensuite, pour remonter depuis le rio en contrebas, il y a plusieurs centaines de mètres si pentus qu’il faut se pencher pour ne pas tomber en arrière ! 


belle pente
Quant aux véhicules, ils se lancent à fond en première à l’assaut du quartier, klaxonnant vigoureusement aux abords des carrefours, tout redémarrage étant à peu près impossible.
Grâce à un stage intensif d’une journée et demi avec Martin, le fils de notre propriétaire qui s’est proposé pour nous servir de guide, nous maîtrisons assez vite les transports en commun. 


Martin y Bertrand
Et pourtant ce n’est pas une sinécure, d’autant qu’évidemment il n’existe aucun guide, les touristes c’est bien connu prenant le taxi ! En ce qui nous concerne c’est notre sport favori, on y associe plaisir et économie. 



Premier coup de chance, une des toutes nouvelles et prestigieuses lignes des « Puma Katari », de grands bus ultra-modernes fraîchement livrés par les Chinois, passe presque sous nos fenêtres. Pour 0,20€ par personne ils nous emmènent au milieu de la cuvette. 



puma katari
Un dimanche matin, avec Albert, on s’amuse même à poursuivre la ligne jusqu’au terminus, dans l’autre sens ; au bout d’une demi-heure on se retrouve à la limite de la ville, là où la pente finit par buter sur les flancs de la montagne. Contrairement à ce que j’imaginais on ne finit pas dans des bidonvilles, mais dans un quartier qui finit de se construire, en tous points semblable au nôtre : eau et électricité, marchés, petits commerces, jeux pour enfants, petits terrains de foot… seuls l’absence de toits et les trottoirs en terre attestent de la ville en extension. Ce peuple de maçons et de charpentiers ne saurait se contenter de tôles et de cartons, et vu le prix des briques il aurait tort de s’en priver…





En dehors de ces quelques grands bus, l’essentiel des transports est assuré par une toile serrée de petits fourgons, qu’on appelle ici des minibus. Ils constituent l’immense majorité des véhicules circulant dans la ville, peut-être quatre ou cinq fois plus nombreux que les voitures, sachant qu’une voiture sur deux est un taxi !  



Les minibus sont soit les vieux Dodge carrossés en Bolivie, déjà rencontrés à Sucre et à Cochabamba, soit de plus en plus des fourgons de 8 à 16 places, plutôt récents, importés massivement de Chine, de Corée ou du Japon. Toyota est toujours en tête, mais les Chinois de King Long (ceux-là mêmes qui ont construit les Puma Katari), arrivent en force avec une armada de véhicules flambant neufs… 





Un voyage en minibus coûte entre 0,20 et 0,40€ par personne, suivant qu’on s’arrête dans la cuvette où qu’on passe sur le côté opposé. De petits panneaux fluo amovibles, posés sur leurs pare-brise, écrits en grosses lettres, indiquent leurs parcours, parfois si nombreux qu’on comprend que les conducteurs semblent ne pas voir les piétons… Il arrive que le chauffeur soit secondé par un assistant zélé, qui encaisse et aide les passagers à monter et à descendre, mais surtout qui fait le rabatteur à chaque carrefour, criant par la fenêtre ouverte les prochains arrêts… et ça marche !




Pour terminer, si on oublie les taxis qu’on ne prend qu’à la nuit tombée, la star des transports en commun est sans conteste le téléphérique. Les trois premières lignes, construites par les Italiens, n’ont été livrées que l’an dernier, mais le succès est déjà au rendez-vous. Un peu plus chères que le bus, elles offrent le principal avantage de garantir toujours le même temps de trajet, quelque soit l’état du trafic, et il n’est souvent pas terrible !  Le second avantage est de ne pas contribuer à l’augmentation de la pollution ambiante. Le principe est chaque fois le même, chacune des lignes reliant la cuvette au plateau, autrement dit La Paz à El Alto, en différents points stratégiques et avec des dénivelés impressionnants. 



A chaque voyage, un peu voyeurs, on contemple en contrebas les terrasses et les cours intérieures, invisibles depuis la rue, en essayant de résister au vertige…




Les téléphériques sont, avec les bus Puma Katari, le symbole de la modernisation de la ville, et même de la Bolivie tout entière, et déjà deux lignes supplémentaires sont en construction. Il faut dire que tout est fait pour sécuriser et bien accueillir les passagers : caméras dans chaque cabine, innombrables hôtes et hôtesses pour aider à l’embarquement, départs toutes les 30 secondes… Une seule ombre au tableau, mais qui est bien à l’image du pays : au-dessus du terminal de la ligne la plus fréquentée a été édifié un grand immeuble tout blanc et tout vitré, censé abrité un grand centre commercial, surmonté d’un mirador avec une magnifique vue plongeante sur La Paz. Un an après la mise en service, il n’y a que le mirador qui fonctionne, tous les autres étages sont totalement et désespérément vides. Et pour cause ! 




Le gigantesque marché à ciel ouvert d’El Alto n’a eu qu’à s’étendre de quelques centaines de mètres supplémentaires pour apporter les mêmes services, dans une version horizontale, colorée, bruyante, odorante et… muy barato (très bon marché)! 




C’est amusant, en sortant du terminal tout neuf par de belles rampes en inox, de presque buter sur les inévitables Cholitas, souvent assises à même le sol, et vendant absolument tout, depuis des offrandes et de la divination jusqu’aux jeux vidéo, en passant évidemment par les soupes, les jus de fruit et les poulets grillés !






vendeur de jus d'orange
Quant à nous, bien installés sur nos hauteurs, respirant l’air pur et protégés de la décadence urbaine par le protestantisme plus qu’assidu de nos propriétaires, on a repris notre rythme de croisière (cours le matin, balades l’après-midi), seulement interrompu par une ou deux virées de quelques jours dans les environs – voir par exemple le blog d’Hélène sur le lac Titicaca.



On se sent bien ici, contrairement à ce qu’on nous avait annoncé : pollution, saleté, violence urbaine, trafic délirant… On voit plutôt une ville animée, travailleuse, mais aussi ludique et sportive, pleine de jeunesse, tendue vers l’avenir sans renier ses racines. 



Ici les buildings côtoient les bicoques, et des taxis descendent autant des hommes d’affaire que des Cholitas… 




Chaque après-midi on quitte notre nid pour ce qui ne devait être qu’une petite balade, et chaque soir on rentre à la nuit, ayant découvert un nouveau quartier, un nouveau point de vue incroyable sur la ville. On passe aussi régulièrement à l’Alliance Française, dont la médiathèque bien pourvue nous fournit en livres et en films, qu’on se regarde le soir sur la télé grand écran de notre petit salon…




Grâce à Martin, qui y a vécu plusieurs années, nous avons aussi eu la chance de pouvoir nous promener longuement dans le quartier et le marché d’El Alto, fort peu recommandé aux touristes (d’ailleurs on n’en croisera aucun), où l’on ne se serait jamais aventuré sans lui.
Et puis on sait que dans quelques jours on va quitter la Bolivie, ce qui nous rend déjà un peu nostalgiques, et peut-être aussi pas très objectifs…






Nous quittons La paz ce vendredi par bus de nuit. Direction Cusco au Pérou.