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| le risque est que tu veuilles rester |
A peine quatre jours depuis que nous avons passé la
frontière, et déjà tant à raconter !
A commencer par le voyage en bus depuis la frontière
équatorienne. Dans la cohue de la gare routière (et faute de carte routière,
introuvable), j’ai mal compris la distance jusqu’à notre prochaine étape. Moi
qui suis censé être le traducteur de la famille, j’ai annoncé 3 heures alors
qu’il y en avait… 9! A part les
moqueries de ma cruelle compagne, le plus gênant était que nous allions devoir
faire ce que déconseillent tous les guides, à savoir circuler de nuit dans la
zone où sévissent encore quelques brigands et guérilleros. Effectivement le
risque ne doit pas être nul, parce que peu après la tombée de la nuit les bus
s’attendent et se regroupent dans un gros village, où les attendent des
militaires. Puis la suite du voyage se fait en convoi, 8 bus les uns derrière
les autres, non sans avoir embarqué avec nous une partie de la troupe ! On
s’arrêtera trois ou quatre fois dans la nuit, les bus s’attendant à des
endroits précis. Passagers insomniaques, hommes en armes et chauffeurs en
profitent pour sortir, et fumer ou manger un morceau, sous des palmiers
joliment éclairés, dans la grosse chaleur de la nuit colombienne. Etrange
impression laissée par ces villages de bord de route, la nuit, avec leurs
commerçants souriants et prenant plaisir à engager la conversation, comme pour
nous remercier de ne pas céder à la peur, le plus gros ennemi du tourisme.
On finira par arriver à Popayan au milieu de la nuit.
Les rues restent éclairées mais sont totalement désertes, seulement sillonnées
par de rares taxis.
Mais le lendemain l’impression sera toute différente. Le
joli centre est tout blanchi à la chaux, l’altitude amène un peu de fraîcheur,
la ville regorge d’enfants en uniforme allant ou revenant de l’école…
Sans doute influencé par cette ambiance détendue, j’en
oublie ma carte bleue dans le distributeur. Mauvaise pioche, d’autant
qu’évidemment faire opposition depuis la Colombie s’avère un parcours du
combattant : le service internet ne fonctionne qu’avec un numéro de
téléphone en France, etc.
Pour se remettre on décide d’aller dîner dans une
crêperie française. Sevrés de blé noir depuis 6 mois, on se fait une fête de ce
repas. Mais quelle déception en découvrant que la splendide carte de crêpes
salées… ne recèle que des crêpes de froment ! Je ne sais si vous avez déjà
goûté une complète au froment, mais franchement c’est à démoraliser un
Breton !
Heureusement la ville est plaisante, et surtout c’est
la petite capitale d’une des régions les plus préservées du pays, entourée de
montagnes où se perpétuent des modes de vie ancestraux… auxquelles nous sommes
bien décidés à rendre visite. On embarque donc le lendemain dans un petit bus,
direction la montagne, un peu au hasard car on n’a toujours pas réussi à
trouver une carte, ni de la région, ni même de Colombie. Une fois parvenus dans
le gros village de Silvia, nous commençons par errer quelque temps à la
recherche d’information.
Dans l’église, les gens font la queue devant le curé,
pour se faire inscrire une croix en cendre sur le front. Le 11 février est le
premier des 40 jours de l’avent, qui précèdent l’anniversaire de la mort de
Jésus. Cette croix marque aussi symboliquement l’appartenance à la communauté
catholique, et non à celle des Christianos (protestants), à laquelle
appartiennent beaucoup d’Indiens.
Au coin de la place centrale, on nous indique les 4x4
rouges et blancs, sagement alignés, qui attendent d’emmener leurs passagers
dans la montagne, où vivent les «Guambayanos».
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| La rue principale de Silvia |
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| La boucherie |
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| Livraison de la tienda (épicerie) |
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| Les jeeps-bus |
Impossible de ne pas remarquer les Guambayanos, tant leur tenue est différente des autres habitants. Jupe bleue
pétrole pour les hommes, noire ou bleue foncée pour les femmes, petits chapeaux
ronds comme en portent les « Cholitas » en Bolivie, capes et chemises
aux couleurs chatoyantes…



Pour la première fois depuis notre départ de France,
nous montons dans un véhicule sans savoir vraiment où nous allons, si ce n’est
ce nom un peu magique, dont on ignore tout : « Guambaya », et
dont le chauffeur nous confirme que c’est bien sa destination. A l’arrière de
la jeep embarquent avec nous de nombreux membres de la communauté, tous en
tenue traditionnelle. Pour moitié des personnes âgées, et pour moitié des enfants
rentrant de l’école. Hélène prend une petite fille sur ses genoux, les autres
enfants se casent comme ils peuvent, soit debout à l’intérieur, soit sur le
pare-chocs arrière, soit sur le toit. Une petite fille délurée engage aussitôt
la conversation avec nous, et surtout avec Anémone. C’est visiblement la
première fois qu’elle voit une enfant « gringa » (pas étonnant, on
n’a vu aucun enfant « gringo » depuis qu’on est entré en Colombie).
Bien qu’elle le parle couramment, l’espagnol n’est pas sa langue maternelle. Comme
toute la communauté, elle parle avant tout le Guambayo. On la fait beaucoup
rire, ainsi que les autres passagers, quand on essaye de répéter les quelques
mots qu’elle essaye de nous apprendre. On rira aussi beaucoup quand ils
essaieront de prononcer quelques mots en français. Au fur et à mesure de la
montée les passagers descendent les uns après les autres, et au bout d’une
heure on se retrouve seuls avec le chauffeur. Il nous demande où on va, on lui
répond qu’on n’en sait rien, ce qui a l’air de beaucoup lui plaire. Du coup il
s’arrête, et nous invite à monter devant avec lui, pour
« conversar ». Il s’appelle David, est né un peu plus haut dans la
vallée, et nous parle par moment avec enthousiasme de son peuple, avant de
longs moments de silence, comme pour nous laisser admirer le sublime paysage,
et les extraordinaires taches de couleurs que forment ses habitants. Ils sont
pour la plupart occupés dans des champs où il est inimaginable d’amener un
tracteur. De temps en temps David s’arrête pour causer avec quelques piétons,
dans une jolie langue mélodieuse, un peu chuintée, beaucoup plus douce que
celle des Indiens Quechuas rencontrés dans les Andes boliviennes. On n’a jamais
vu autant de sourires et de douceur depuis qu’on est partis, comme si
l’éclatante gaieté des tenues rejaillissait sur l’âme de cette population
absolument incroyable (ou l’inverse…). Une fois arrivés au bout de la ligne
régulière que dessert David, après de nombreux arrêts et discussions avec ses
voisins, on fait demi-tour. Il nous arrêtera un peu plus bas, dans une petite
pisciculture qui fait restaurant, et nous nous quitterons avec le regret que le
voyage ne fût pas plus long… On est accueillis par un charmant et entreprenant
jeune couple, « qui d’un bouge a fait un palace », comme aurait dit
Brassens. Après avoir pêché nos truites arc-en-ciel devant nous (à
l’épuisette), Lorenzo et sa femme nous les prépareront aux petits oignons, et
nous les dégusterons comme des princes, dans une petite cahute ronde couverte
de paille, en regardant la pluie tomber sur la montagne.
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| Les bassins de pisciculture |
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| Lorenzo lave les truites |
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| Paysage de vallons |
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| Les truites sont frites et délicieuses |
Le retour s’avère moins évident, car les rares 4X4 qui
descendent sont pleins (dans le sens qu’on lui donne ici, c’est-à-dire archi-pleins !).
On finira par se retrouver tous les quatre avec nos sacs sur le toit d’un gros
Toyota, cramponnés à la galerie ! Mais c’était sans compter sur la
serviabilité du chauffeur, qui s’arrêtera au hameau suivant pour charger… un
magnifique canapé néo-classique… qui nous rejoindra sur le toit !
Et tout
à coup ce n’est plus nous qui nous retournons sur les Indiens, mais l’inverse.
Je suis sûr que tous les Guampayos qui nous ont vu passer (et qui se sont tous
retournés, les yeux ronds et le sourire en banane), se souviendront un peu de
ces gringos accrochés à leur canapé, descendant fièrement le livrer au
menuisier du village, trop fiers qu’on leur ait confié une telle
responsabilité! D’ailleurs ledit menuisier ne manquera pas de nous en
remercier vivement, ce qui atténuera grandement la douleur due à nos multiples
contusions...
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