Adieu Cali. Cali la chaude, Cali où même pendant la
semaine sainte on danse jour et nuit, tout en transpirant et en pleurant la
mort du Christ. Cali, autoproclamée capitale mondiale de la salsa, Cali la
chaude, la très chaude, dans tous les sens du terme, Cali le dernier bastion
des narcos-trafiquants, Cali la ville des prostituées et des drogués, Cali la
bruyante et la trépidante, où tu ne te risques à traverser à pied les avenues
que protégé par une « banda » de salsa, seule capable de dépasser en
décibels l’infernal et incessant trafic. Cali, la seule ville que nous ayons
rencontrée où les chauffeurs de taxi ont renoncé au klaxon…
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| Cali |
Et nous, là-dedans, avec nos deux blancs bambins, on
fait quoi ? Bon, d’abord on arrête de jouer les affranchis. En réalité on
n’est pas allé à Cali. Enfin si, enfin plutôt non… C’est-à-dire que c’est
compliqué, comment dire, disons qu’on y est allé sans y être allé, vous suivez
toujours ?
La vraie histoire, c’est qu’on a eu un gros coup de
chance, et qu’au lieu de se retrouver quelque part dans le ventre de Cali, on
s’est retrouvés sur sa tête. Perchés sur les hauteurs de San Antonio, un beau,
vieux et frais quartier à l’ombre d’un grand Christ-Roi (encore un géant qui
écarte les bras au sommet de sa colline). C’était un peu comme si on était
tranquillement à prendre le thé derrière la caméra, pendant que devant nous se
tournait un film d’action chaud, chaud…
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| Une rue de San Antonio |
De temps en temps on se risquait à descendre les rues
terriblement escarpées de notre quartier, à rejoindre l’immense boulevard qui
nous séparait de la vraie ville, puis à monter sur la passerelle qui
l’enjambait. Et là, trônant au-dessus du flot de véhicules, on dégustait avec
gourmandise la trépidation urbaine et l’incroyable diversité des véhicules,
depuis la charrette à cheval jusqu’au dernier 4X4, en passant évidemment par
les vieilles R12 et les bus peints comme sur les plus belles photos des
magazines de voyage… Une fois ou deux on s’est même aventurés de l’autre côté,
et après avoir salué les militaires de faction à-demi endormis dans les
escaliers, on est partis se promener en ville. Les enfants se souviendront
surtout des gâteaux géants dans les pâtisseries, et des gens mal en point
couchés sur les trottoirs. Nous on a trouvé les habitants plutôt sympas,
contents de voir des touristes, tout en se disant que cette ville n’était belle
que de nuit…
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| ça aussi, c'est un gâteau! |
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| Vue depuis l'église de San Antonio |
Au lieu de cela on a passé une soirée à 2OOm de l’auberge,
au son de la musique traditionnelle andine revisitée, à regarder danser des
habitants en pleine redécouverte de leurs racines, parmi les boutiques
d’artisans et les murs aux fresques poétiquement anarchistes… Un petit air de
festival interceltique en plein milieu de la Colombie, ça nous aurait presque mis
un coup de nostalgie derrière les oreilles…
Cliquez sur l'image ci-dessous pour voir les danseurs sur la musique andine.
Un autre soir, on a fait notre petite sortie obligée
dans une boîte de salsa. Pour cause de Baby-sitter, on a quitté peu après
minuit, je pense une bonne heure avant que l’orchestre ne commence enfin à
jouer… Eh oui, il faut laisser aux danseurs quelques heures pour s’échauffer…
et se chauffer à l’aguardiente (l’eau-de-vie). Mais ensuite c’est jusqu’au bout
de la nuit… En attendant on a eu droit, en sirotant sagement notre mojito,
comme de vrais touristes, à de la pure salsa à pur volume, avec de purs clips.
Les Colombiens adorent l’adjectif « puro », et nous on a adoré
l’ambiance et admiré les danseurs, tellement bons que tu n’oses même pas te
lever de ta chaise (ce qui m’arrangeait tout à fait). En sortant on a eu droit
à la totale, l’adjoint du boss qui vient s’accouder à la portière et nous dire
trois mots de français, juste avant qu’on ne démarre en longeant une superbe
voiture américaine plus belle encore que dans les films…
Cali est aussi le débouché du seul port de Colombie
sur la côte pacifique, Buenaventura. La route qui les relie est le seul accès
terrestre à toute la côte, sur un bon millier de kilomètres. Partout ailleurs,
c’est une large et impénétrable forêt tropicale qui borde l’océan, et on n’accède
aux villages afro-colombiens de la côte qu’en bateau ou en avion. Après un beau
week-end passé dans la forêt (voir le blog des enfants sur San Cipriano), on a
décidé de poursuivre jusqu’à Buenaventura, histoire d’aller faire nos adieux au
Pacifique. Nous voilà donc à arrêter un minibus sur le bord de la route. Mauvaise
pioche. D’abord on est descendus du minibus plus vite que prévu, plutôt que de
rester seuls avec les deux zozos qui nous avaient pris à bord. On le savait
pourtant : ne jamais monter dans un véhicule inconnu, et encore moins
faire du stop en rase campagne, mais on devait être sur notre petit nuage… On
n’a pas tardé à en redescendre. Buenaventura est une ville laide et
inquiétante, où l’insécurité est aussi épaisse que la vase qui s’étale à l’infini
dans l’estuaire… C’est une ville d’industrie et d’immense trafic avec toute la
côte ouest de Panama, du Mexique et des Etats-Unis. De Buenaventura partent et
arrivent chaque jour des centaines de gros camions made in USA, longeant et
polluant un peu plus les grands bidonvilles qui encerclent la ville, coincés
entre l’autoroute, les bras du fleuve et les raffineries.
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| Buenaventura 1 |
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| Buenaventura 2 |
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| Buenaventura 3 |
Pour finir, entre les contrôles de police et les
bouchons de retour sur Cali le dimanche soir, et après s’être pris le bec avec
le crétin assistant du chauffeur qui jetait ses bouteilles d’eau par la porte
du bus (maintenue grand-ouverte pendant les cinq heures de trajet), nous
arrivâmes de nuit à la gare routière… pour tomber –certes exception- sur un
chauffeur de taxi mal embouché qui nous a fait de l’excès de zèle en exigeant
l’adresse exacte de l’auberge, refusant de continuer tant qu’il ne l’aurait pas,
alors qu’on savait parfaitement à quel endroit du quartier on
habitait ! Bref, ce fut un bonheur de retrouver enfin la paisible
« Maison Violette », la tranquille fraîcheur de notre « Barrio
San Antonio »… et son entrée sur laquelle on foule amoureusement - surtout
les deux gars de la famille -, une mosaïque aux armes de l’En Avant de
Guingamp… la vérité mon cher Bruno !
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| La maison violette |
Puis ce furent les adieux à Tatiana, notre baby-sitter
espagnole venue apprendre la salsa à Cali. Elle s’étonne que toutes nos
affaires, pour une année entière, tiennent dans seulement quatre sacs et
valises. Nous aussi, sauf qu’en accumulant les achats souvenirs, plus les cours
des enfants, nos sacs sont pleins à craquer. Et nos déplacements avec tout ce
barda deviennent de plus en compliqués. Heureusement qu’on les laisse sur place
pour nos virées de quelques jours. Mais là c’est un vrai départ. Nous partons
pour Medellin, l’autre grande ville colombienne avec Cali et Bogota.
On fera la route en deux jours, avec une étape dans la
zone productrice de café. Un peu au hasard, on a choisi de s’arrêter à
Filandia, une petite bourgade qui semble jolie et pas trop touristique, connue
dans le pays pour fabriquer les paniers en osier servant à la récolte du café.
Après 4 heures de route, le bus nous dépose en haut
d’une verte colline, au milieu d’un gros village tellement beau qu’on en oublie
le poids de nos sacs. Nous marchons jusqu’à la « Posada del
Compadre », où l’on va chercher une chambre pour la nuit. Le bâtiment, une
ancienne et vaste maison coloniale tout en bois et en carrelage, est splendide
et magnifiquement conservé. Il reste une chambre familiale disponible, elle
aussi magnifique, avec de superbes meubles et des murs blancs sous un plafond
immense. On retient notre souffle pendant que l’homme de service appelle le
« dueño » pour avoir le tarif. 160 000 pesos colombiens, mais avec le
petit-déjeûner, quand même ! Soit environ 12 euros par personne. C’est
plus cher que ce qu’on a l’habitude de payer, mais vraiment pas cher pour ce
que c’est, et puis on a vraiment la flemme de reprendre les sacs pour arpenter
le village à la recherche d’un autre hébergement… et donc on a craqué !
Aussi partons-nous le corps et l’esprit légers pour
arpenter le village, et nous allons en prendre plein les mirettes. Toutes,
absolument toutes les façades de cette incroyable petite ville, sont en bois
peint de deux couleurs, sur un fond généralement blanc, selon les goûts de
leurs propriétaires. Ici, les marchands de peinture doivent faire partie des
notables ! Même l’église, avec ses coupoles bleues et blanches surplombant
la jolie petite place carrée, évoque davantage la Grêce que la Colombie… Quant à l’ambiance, elle a un petit côté
far-west qui couronne le tout, on finit par se demander si on n’est pas tombés
au milieu d’un tournage, avec acteurs et décor en carton pâte !
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| Antiquaire joueur d'échec |
La récolte du café vient de se terminer, et la population
se détend avec nonchalance dans les multiples bars, casinos et salles de
billard. Les hommes portent chapeaux et chemises à carreaux, jeans et grosses
chaussures, pendant que les femmes, comme apparemment dans toute la Colombie,
se contentent d’être belles en dévoilant leurs attraits au-delà du raisonnable…
Ici la police et l’armée semblent moins présentes qu’ailleurs. J’ai comme
l’impression que ces gens-là n’ont besoin de personne pour se débarrasser des
dealers, et que les guérilleros marxistes ne sont pas leurs amis…
On comprendra que c’est un petit bout de l’histoire de
l’Europe et de la Colombie qui continue de se jouer ici : contrairement à
la majeure partie de l’Amérique latine, la colonisation dans cette région a été
le fait de juifs et de protestants fuyant l’inquisition. Au lieu de recourir à
des esclaves indiens ou africains, pour mettre en valeur d’immenses propriétés,
ils l’ont fait de leurs propres mains, et cette mentalité d’hommes libres et
travailleurs a perduré jusqu’à aujourd’hui. Pour s’en convaincre, il suffit de
regarder dans la vallée, et d’admirer les nombreuses et jolies fincas où se
récolte et se fabrique, paraît-il, le meilleur café du monde, un pur arabica.
Qui fait battre les cœurs et gonfler les poches quand les cours mondiaux
s’envolent, d’où peut-être la passion pour le jeu des gens d’ici.
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| La vue depuis la terrasse de l'hôtel |
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| plantation de café |
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| Café |
Le lendemain matin nous repartons pour Medellin. C’est
encore de la route de montagne, cette fois on mettra 8 heures pour faire 250
km, heureusement dans un excellent bus. Plus on lit ou entend certains récits
de voyage en Colombie, à la limite de la catastrophe routière (sans compter les
photos dans les journaux), et plus on choisit avec soin, quand on le peut, nos
compagnies de bus : Velotax et Flota Occidental sont pour l’inst ant irréprochables,
un grand merci à elles et à leur personnel.
Medellin, Medellin, un nom que les moins de 40 ans
peuvent ne pas connaître… Mais si, rappelez-vous, Pablo Escobar, le Cartel de
Medellin… En tous les cas, je ne sais pas si c’est par peur des fantômes des
narco-trafiquants, mais pour la première fois nous allons habiter dans une
résidence fermée, avec gardes à l’entrée, jardiniers, piscines et terrain de
sport…
C’est une expérience comme une autre, non ?
Evidemment le propriétaire, en nous voyant débarquer avec deux enfants remuants
et nos gros sacs à dos, n’était guère rassuré de lâcher le loup dans la
bergerie. Après moult recommandations, depuis les traces de main à ne pas
laisser sur les murs, jusqu’aux limites précises des parties communes et privatives
(attention aux plates-bandes), il a fini par nous lâcher. Nous aussi, on va
pouvoir enfin lâcher les enfants dehors, ça commençait à faire un petit bout de
temps qu’on n’avait plus eu ce plaisir…






























































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