52 ans ce dimanche
matin. Anniversaire à Buenos Aires, ça rime riche... Le jour se lève à peine sur la ville. Dans la rue c’est encore l’heure des talons
ultra-compensés, sur lesquels les filles marchent droites comme des statues,
allant deux par deux pour sortir de leur nuit, se tenant par la main.
Chaussures noires, puis longue séquence de jambes, avant de retrouver le noir
de la mini-jupe jusqu’à la veste.
Puis une gorge et un visage,
toujours une
belle bouche et de beaux yeux encadrés de grands cheveux noirs.
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| Le jeu consiste à découper et à reconstituer la personne que vous imaginez... |
Les garçons
traînent encore et toujours à deux sur leurs scooters. Toujours klaxonnant
quand ils passent à la hauteur des filles qui les ignorent absolument.
Les
vieux réverbères s’éteignent comme s’ouvrent les innombrables kiosques à
journaux.
Je fais la première vente de Fernando, qui tient celui du coin
de la rue.
Au bout d'une semaine on a pris nos habitudes. Il ne me demande plus ce que je veux, il me sort "Clarin". On papote toujours 5 minutes, parfois plus.
J'ai toujours une question à lui poser, j'essaye d'améliorer mon espagnol. Il se fait un plaisir de répondre, donnant son opinion sur le pays, qu'il est triste de voir partir en décrépitude, selon lui. Où on parle des inondations, du foot, de notre voyage qui l'intrigue beaucoup...
Je repars en longeant la façade rouge et blanche, entièrement graphée du
«Circo Criollo», qui illumine la rue toute grise et beige. Les artistes dorment encore... Puis c'est la pâtisserie où une petite brésilienne sert des "facturas" (des petits gâteaux individuels), à la douzaine et à tomber par terre.
Les enfants sont déjà mal habitués à se lever avec la grande assiette pleine de facturas trônant sur la table du petit déjeûner. D'ailleurs il n'y a plus de quoi faire le jus d'orange, je m'arrête chez le Chinois, deux kilos me coûteront 30 pesos (moins de 2€),
je me demande comment il fait pour payer le flic en uniforme qui est toujours devant chez lui...
Dix mètres plus loin, à la esquina (le coin de la rue), c'est carrément plus "old school".
D'un côté il y a le grand barbecue encore fumant du gardien du parking privé, qu'il abandonne comme chaque soir de week end à cheval entre le trottoir et la rue, en laissant les bouteilles vides. La nuit avec ses copains rastas a dû être une fois de plus bien musicale! En face, tout le rez de chaussée d'une belle villa à moitié abandonnée, et une partie du trottoir et de la rue, c'est le domaine des grossistes en fruits et légumes péruviens, qui approvisionnent toutes les "verdulerias" du quartier.
Ils sont au boulot depuis longtemps, le gros camion a été déchargé, et maintenant ils répartissent les cageots sur leur impressionnante cavalerie: des vélos de livraison avec d'incroyables porte-bagages à l'avant et à l'arrière, des diables rouillés à grandes roues d'au moins deux mètres de haut... Alors que juste à côté s'allument, les lumières matinales de l’hôtel 3 étoiles où c’est l’heure du ménage.
Ici la rue est
totalement imprévisible.
En 20 mètres on franchit un demi-siècle, voire plus, et je ne sais combien de classes sociales: la mystérieuse façade en verre fumé qui abrite une luxueuse salle des fêtes privée, au sol entièrement en marbre (ou bien imité...),
jouxte la boutique de la loterie nationale, moins reluisante avec sa peinture bleue toute défraîchie, et son volet en fer recouvert de tags.
Le contraste entre les clients de l'une et de l'autre est saisissant, il y a ceux qui ont, et ceux qui rêvent d'avoir, les tennis neuves et les vieilles tennis usées par les mauvais trottoirs.
Et puis il y a la cantine de notre copine Loli, qui n'ouvre pas le week-end, et puis encore la toute petite épicerie des Dominicains qui elle ne va pas tarder à s'y mettre...






















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