mercredi 12 août 2015

Le tourisme Tatin

Vous connaissez l’éco tourisme. Le tourisme solidaire . Le tourisme durable. Le tourisme de luxe. Le tourisme de loisir. Celui du bien-être, de masse ... mais connaissez vous le Tourisme Tatin ? 
C’est génial ! Forcément c’est moi qui l’ai inventé !
Bon, au début, vous ne trouvez pas cela génial car, comme tout débutant dans cet art, vous êtes anxieux et vous vous imaginez le pire…

Cette attitude est tout à fait normale. Pas d'inquiétude. Croyez-vous que la réaction de madame Tatin lorsqu’elle s’est aperçue qu’elle avait oublié d’étaler la pâte brisé dans le moule où les pommes étaient d’ores et déjà posées élégamment, a été de s’esclaffer:
- « Oh chouette ! » ???

Non ! Elle s’est écriée comme toute personne normale "P de M----"!
En espagnol, on dit « ¡puta madre! Soy una imbécil gruesa, mi marido va a matarme ! ».



Le Tourisme Tatin est dans le même genre. Vous regardez les guides de voyage et vous trouvez une sortie sympa à Buenos Aires pour votre famille. Une sortie originale pour prouver à votre compagnon que vous êtes une femme qui apprécie de sortir des sentiers battus.
En ce dimanche 9 août, je déniche une sortie sympa: le Marché de matadors. probablement celui qui se démarque le plus de tous les marchés du dimanche. Il est un peu éloigné (environ 45 minutes d'autobus du centre) à la limite entre la capitale et la banlieue, juste à côté de l'endroit où l'on commercialise le bétail durant les jours de semaine. Mets traditionnels (de Buenos) et artisanats où le cuir et le bois se distinguent.

Nous quittons l’appartement à 12H30. Il commence à pleuvoir quelques gouttes, mais nous sommes motivés et pas en sucre. Le métro, nickel. A la sortie du métro, il pleut toujours. Mais haut les cœurs, Bertrand demande à un passant où se trouve l’arrêt du bus 97. Il existe bien et il est là, à 100 mètres; d’ailleurs on voit un bus portant ce numéro nous passer sous le nez…  



Tant pis, on va attendre, bien alignés sur le trottoir comme de bons apprentis "porteños" (appellation que se donnent les habitants de Buenos Aires, qui fait allusion à la condition de ville portuaire).
Au bout de 20 minutes d’attente, nous regrettons de ne pas devoir prendre le numéro 4 ou 56, car il en est déjà passé six ou sept devant nous. Ce qui nous rassure, c’est qu’il y a un hombre (dixit pour les non hispanophones « un homme ») qui patiente également. Je demande à Bertrand de lui demander s’il attend le fameux 97. Si, si, si.
Ouf, ce bus existe bien et effectivement il apparaît en haut de la rue après plus de 30 minutes de patience. Anémone et Albert agitent le bras, comme il est recommandé. Grace à notre carte SUBE, nous payons nos quatre tickets.
Bertrand demande alors à l’hombre de nous indiquer le Mercado de Mataderos. Pas de souci, il nous indiquera quand descendre. Je regarde tout de même les noms de rues. Nous sommes sur la longue Avenida Eva Peron qui comprend plus de 6000 numéros. Cela correspond aux indications sur internet. Donc cool Hélène, relaxe ton corps !
Les immeubles sont de plus en plus décrépis. Les déchets s’amoncellent sur les bas-côtés de la rue. Il n’y a plus de trottoirs dignes de ce nom. 
Les flaques d’eau s’agrandissent. Il pleut toujours. Les rues deviennent des routes ; les routes des autoroutes. L’hombre ne nous donne toujours pas le signal de la descente. Les voitures pourraient être des voitures de collection en France, si elles étaient en état de passer le contrôle technique, ce dont je doute pour celles que nous doublons à vive allure.




Soudain, l’hombre s’agite et nous dit de descendre au prochain arrêt, de marcher sur la grande voie, d’entrer dans l’enceinte à droite. Oh, oh, oh, pas question. Moi, je ne descends pas là. C’est sûr que c’est pas là ! C’est complétement paumé, dans une zone industrielle, les rues sont défoncées, les habitants sont rares. Pas un Blanc, que des Indiens. C’est beaucoup trop loin et il pleut beaucoup là, non ? Ces trois dernières phrases, je ne les ai pas prononcées, mais c’est ce que je me suis dit dans ma petite calebasse.
Face aux enfants, il est important de ne pas montrer son anxiété. Et puis, j’ai tout de même vécu en Afrique, alors ce n’est pas dix indigènes aux yeux de braise qui ont tout l’air de narcotrafiquants qui vont m’impressionner ; ni le ciel qui présente 50 nuances de gris mais rien de très excitant.
Ah, j’ai oublié de vous dire qu’en ce dimanche, je suis vêtue d’une robe, d’un petit blouson, avec de petites bottines à talons.

Et hop, je saute du bus le plus élégamment possible avec ces foutus talons, suivis des enfants et de Bertrand. Nous zigzaguons sur la voie entre les flaques et les voitures qui ne cherchent pas à ne pas nous éclabousser. Les bicoques sont vraiment en mauvais état. Nous ne passons pas totalement inaperçus. Bertrand demande à des passants où se trouve le Mercado. Ils nous indiquent le même chemin que l’hombre dans l’autobus. Il doit donc bien y avoir un Mercado dans ce quartier.
Nous pénétrons dans une enceinte au sein de laquelle de larges voies séparent de grands entrepôts. Un peu comme au port de commerce de Brest, vous voyez ?
Nous marchons sur 600 mètres en direction d’un groupe de gens. Plus nous nous approchons, plus effectivement il y a de la vie. Et il y a bien un marché. Nous pénétrons dans une première bâtisse où se présentent de magnifiques étalages de fruits et légumes à des prix ridicules. 








Trois, quatre, cinq, six fois moins chers que dans les magasins du centre-ville de Buenos Aires. 


Nous sommes en réalité arrivés au Mercado Central, à 17 kilomètres dudit centre-ville.








 Et ouais, c’est cela le tourisme tatin ! c’est se tromper sans se tromper. C’est retomber sur ses pieds. C’est un marché, mais pas tout à fait celui que vous aviez imaginé.



Alors effectivement, nous n’avons pas vu de danses folkloriques, ni de compétitions entre « Gauchos » (cowboys d’Amérique Latine), ni d’artisanat de cuir. Il y avait des avocats, des salades, ...



...des courges, des oranges, des pommes, du manioc, des grenades, de l’ail, des oignons et des patates de toutes les couleurs, de toutes les formes, sur des centaines de mètres. Il y avait des Asados (barbecues) sur lesquels grillaient des saucisses, des planches de viande. Nous n’avons pas résisté à leurs sandwiches.

Miam, Miam
La pluie a viré à l’orage. Une goutte de pluie à Buenos Aires vaut 20 gouttes de pluies à Brest. Nous avons arpenté deux hangars de fruits, un de vêtements. Nous avons trainé des pieds pour éviter de devoir sortir sous la pluie. Nous savions que nous avions 1 kilomètre de marche pour retrouver l’endroit où nous avions échoué du 97. Nos chaussures, ce n’étaient plus la peine d’y penser. Elles étaient trempées alors un peu plus un peu moins. Avec mes talons, ma seule crainte était de glisser et de me retrouver les quatre fers en l’air.
Nous avons rempli un cabas qui nous a coûté presque aussi cher que tous nos fruits et légumes. 


La vendeuse a été super gentille avec nous. Elle nous a expliqué le nom des produits en espagnol, nous a fait goûter aux mandarinas, aux quinotos. Elle nous a fait cadeau de piments qu’Albert souhaitait absolument acquérir, tout en nous faisant promettre de revenir la voir.





Bref, une belle balade, de belles rencontres, de beaux souvenirs, de couleurs, de gouts, d’odeurs. Une aventure sans nulle doute extra-ordinaire pour des touristes. Nous n’en avons vu aucun, car pour sûr il faut se perdre, se rater totalement, pour atterrir dans cet endroit réservé aux populations locales les plus modestes.

Savoir se perdre, nous l’avons également expérimenté au retour…
L’ambiance était la même : sous une pluie torrentielle, quatre petits blancs à la queue leu-leu. 




Un petit devant qui sautille, une petite avec un Kway (marque Quechua !) bleu tropique taille XL qui lui tombe jusqu’aux genoux, un moyen avec un sac à dos aidant une grande femme trempée, perchée sur ses talons à porter un cabas de 12 kilos. Nous avons mis ½ heure à trouver l’arrêt du bus 97. Nous l’avons deviné au moment où, comme trois heures auparavant, le fameux « collectivo » nous est passé sous le nez. 
Par expérience, nous avons patienté trente minutes au bord de l’autoroute, attendant le suivant. 



Nous sommes descendus à la Plaza de Los Virreyes, laquelle s’était, depuis que nous l’avions quittée, transformée en île. Nous avons franchi les eaux et avons enfin pénétré dans le Subte (le métro). OUF, enfin au sec !



Voilà, une belle journée de Touriste Tatin qu’il me plaisait de partager avec vous.

Béko. 
Hélène.. Ah!

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