Toujours plus haut, toujours plus loin…
Avec un début comme celui-là, en rentrant on pourra
faire de la politique. Ou du sport, plutôt. Oui, du sport, vu qu’on ne cesse
d’améliorer nos performances, grâce à un entraînement aussi régulier qu’intensif.
Après avoir réussi 16 heures au premier essai, puis avoir passé 18 heures au
second, on y va sans mollir pour le troisième, en plaçant directement la barre
à 20 heures : départ de Lima à 16 heures, arrivée le lendemain midi à
Zorritos.
Maintenant on commence à connaître un peu les
compagnies de bus, et on part plein nord et plein de confiance avec Florès, une
vieille copine à nous. Coût : 30 euros par personne pour faire un peu plus
de 1000 km, dans des sièges de luxe inclinables à 160 degrés, avec de bons
chauffeurs pas kamikazes, des vidéos, de l’air conditionné, des toilettes pas
bouchées, un steward bien élevé et des plateaux repas qui ne rendent pas
malades. Le luxe, quoi ! Les
enfants adorent et nous aussi, car on arrive en pleine forme et en plus on
économise une nuit d’hôtel. Seul petit désagrément, cette fois : le
steward oblige tous les passagers à fermer les rideaux en traversant les quartiers
nord de Lima (un bon quarante kilomètres), soi-disant pour éviter les jets de
pierre voire d’autres projectiles plus dangereux… On n’aura pas le fin mot de
l’histoire, mais j’ai beau tricher au maximum, point de snipers à l’horizon!
Pas de bidonville non plus, à proprement parler, mais plutôt des quartiers
modestes, un peu de bric et de broc, sans trottoirs, ni bus, ni goudron, qui
s’étirent indéfiniment de par et d’autre de la Panaméricaine.
Après il y a une montagne qui tombe dans le Pacifique,
et ensuite à peu près 1000 km de désert, avec parfois une ville et quelques
jolies vues sur l’océan.
Mais comme la nuit tombe de plus en plus tôt à mesure
qu’on s’approche de l’équateur, on n’a rien d’autre à faire que de dormir,
bouquiner ou regarder les films. Cette fois Florès a mis le paquet : il y
aura « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? », doublé bien sûr
en espagnol, et sous-titré en… catalan ! Ensuite une longue vidéo d’un
concert de musique colombienne, qui donne bien envie, suivie d’un inévitable
film d’amour américain. Et le matin, clou de la programmation, on aura droit à
un très beau film d’auteur iranien… Mais on s’en étonne à peine, cela commence
à faire un moment qu’on a compris qu’en Amérique du Sud tout est possible (et
son contraire dans la rue d’à côté !).
Le bus nous dépose quelques dizaines de kilomètres
avant la frontière avec l’Equateur, dans le village de pêcheurs de Zorritos.
Il
nous faudra deux motos-taxis pour nous emmener, avec nos sacs, jusqu’à l’entrée
du monde de Leon.
Un peu comme le temps, Leon un jour s’est arrêté sur la
plage de Zorritos.
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Départ de pêche à 18 heures. la barque est lourde chargée de glace |
Avant, il a pas mal bourlingué autour du monde, depuis sa
Catalogne natale. Mais depuis une bonne vingtaine il est posé là, à construire
des cabanes de terre et de bambou.
Il faut dire qu’il y a pire comme sacerdoce.
Comme bruit de fond permanent il a les rouleaux du Pacifique, qui bordent son
domaine en grignotant chaque année un peu plus sa belle plage, ses belles dunes
et son beau maquis.
De l’autre côté c’est la Panaméricaine, noir ruban brûlant
et tremblant sous le soleil. Dessus grondent de rares et imposants camions, qui
doublent en klaxonnant très fort de frêles motos-taxis, menaçant chaque fois de
les faire s’envoler.
Ce serait ballot, car ce sont eux qui lui amènent quelques
clients. Il n’y en a pas des tonnes, mais par contre ils restent longtemps,
parfois même très longtemps.
Deux Argentines sont là depuis deux ans. Elles vivent
dans la belle cabane que Leon leur a appris à construire. En échange elles
l’aident de temps en temps à la cuisine, quand il organise de grands repas
végétariens. Il y aussi une petite équipe d’Uruguayens et d’Argentins qui sont
là depuis plusieurs mois. Ils vivent dans des tentes posées sous des huttes en
toit de palme, ou y ont simplement installé des hamacs.
Eux travaillent tous les après-midis avec Leon,
en échange de la nourriture.
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| Chien Nu du Pérou... Leon en a 5. C'est pas très beau! |
Une belle berlinoise vivant à demi-nue peuple
également l’endroit depuis quelques mois, se faisant masser les pieds tous les
matins par les jeunes et beaux cuisiniers de Leon… et parfois plus !
Ainsi le domaine
s’agrandit et se peuple petit à petit, étrange et vivant mélange de routards
bronzés et de touristes pleins de coups de soleil. On se retrouve le soir dans
la cuisine en plein air, où chacun fait sa popote sur le feu de bois.
Pour
nous, c’est un peu comme si on avait débarqué du jour au lendemain dans la
maison bleue de San Francisco… version sud américaine, tendance surf
éco-responsable. Un concept encore peu développé chez nous, mais chez nous ça
commence à être loin! Ici la langue internationale, c’est l’espagnol,
d’ailleurs ça commence à faire un bout de temps qu’on n’a pas causé français
autrement qu’entre nous, et encore moins anglais…
Leon est un constructeur d’exception, doublé d’un
sculpteur inspiré. Ces constructions semblent toutes de guingois, bâties à
partir d’arbres morts trouvés sur la grève.
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| los banos |
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La salle de bain commune avec le seau sous l'évier qui sert pour la chasse d'eau des toilettes |
Mais les fondations sont
incroyablement solides, et la technique de construction redoutable. Il
s’inspire des anciennes maisons de pêcheurs, qui sont de bambou et de feuilles
de palmiers, et leur associe des murs en terre aussi solides que du béton, mais
qui conservent une incroyable fraîcheur. Aucune clim évidemment, mais on ne
meurt pas de chaud à l’intérieur, loin s’en faut…
Nous, avec notre improbable histoire de voyage au long
cours, et nos enfants qui ne vont pas à l’école mais qui se débrouillent en
espagnol, on est pour un temps l’attraction de cette petite communauté, et puis
au bout de quelques jours on a l’impression de faire partie du paysage. Après
reste juste à savoir si on reste ici une semaine ou trois mois.
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| recherche d'appâts |
Le temps s’étire. Etrangement les journées passent
vite, entre les baignades et les balades sur la plage, le bois pour le feu à
ramasser, la pêche, la cuisine, les courses au marché du port… et puis il fait
nuit noire à sept heures du soir.
appât
Albert quant à lui enchaîne les parties de
foot pieds nus, cuisiniers contre résidents, pendant qu’Anémone passe des
heures dans l’eau.
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| Le terrain diminue au fur et à mesure que la mer monte! |
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| Hydro-massage nature |
Hélène et les enfants resteraient bien une semaine de
plus.
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Il y en a plein sur la plage qui filent
se cacher dans leur trou à notre approche |
Moi aussi je suis tenté, la mer a l’air bien poissonneuse et je commence
à peine à m’initier aux techniques de pêche locales.
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| Partie de pêche |
Mais au bout du compte,
c’est mon envie de continuer vers le nord qui l’emportera d’une courte tête, et
un beau matin on montera tous les 4 dans un taxi commandé par Leon, qui nous
emmènera jusqu’à la prochaine ville, d’où partent les bus pour l’Equateur.
Comme dirait l’autre, si c’était pas le Pérou, ça y
ressemblait drôlement…
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